La fourbure : une urgence des pieds
La fourbure est une inflammation douloureuse des tissus qui relient la paroi du sabot à la troisième phalange, l’os situé à l’intérieur du pied. Un cheval campé sur ses postérieurs, avec les antérieurs avancés, des pieds chauds et un pouls digité marqué doit être vu par un vétérinaire tout de suite.

Sommaire9 parties
Ces repères aident à observer et à agir vite. Le diagnostic et les traitements relèvent du vétérinaire : au moindre doute, appelez-le.
Pas à pas
- 1Appelez le vétérinaire
Téléphonez tout de suite et décrivez la posture, la marche, la chaleur des pieds, le pouls digité et les derniers changements de ration ou de pâture.
- 2Retirez l’herbe et les concentrés
Éloignez le cheval de l’herbe riche et des céréales ou granulés accessibles, sans supprimer toute alimentation ni provoquer de déplacement inutile.
- 3Installez une litière épaisse
Placez-le dans un espace calme, avec une litière profonde, souple et non glissante, de l’eau propre et un accès facile à la mangeoire.
- 4Limitez les déplacements
Ne le faites pas trotter et ne le conduisez pas sur une longue distance pour le tester. Demandez au vétérinaire avant tout transport.
- 5Relevez les observations
Notez l’heure des premiers signes, les pieds concernés, la température si vous savez la prendre, les aliments distribués et la durée d’accès à l’herbe.
- 6Préparez le suivi
Après l’examen, appliquez les consignes vétérinaires et organisez le suivi des pieds, de la ration, du poids et d’une éventuelle cause métabolique.
Comprendre ce qui se passe dans le pied
La fourbure, aussi appelée pododermatite aseptique diffuse, correspond à une inflammation des tissus internes du pied. Les lamelles, de fines structures qui relient la paroi cornée du sabot à la troisième phalange, perdent leur capacité à soutenir correctement l’os. La boîte cornée laisse peu de place à l’œdème et à l’inflammation, ce qui augmente rapidement la douleur.
Dans les formes sévères, la troisième phalange peut pivoter ou descendre dans le sabot. Une radiographie permet au vétérinaire d’évaluer cette position et d’aider le maréchal-ferrant ou le pareur à adapter le suivi. Une atteinte de la sole, une perforation ou une déformation durable du sabot constituent des complications graves, qui nécessitent une prise en charge coordonnée.
- La douleur concerne souvent les deux antérieurs, même si les quatre pieds peuvent être atteints.
- La fourbure peut être aiguë, avec des signes apparus récemment, ou chronique, avec une paroi déformée et une pousse irrégulière.
- Une ancienne fourbure augmente le risque de récidive si la cause n’est pas identifiée et contrôlée.
Reconnaître les signes d’alerte
Le signe classique est une posture campée sur l’arrière : le cheval avance ses antérieurs, place son poids vers les postérieurs et évite de déplacer ses pieds. Il peut rester immobile, tourner difficilement, marcher à petits pas ou se coucher davantage. Une boiterie forte n’est pas obligatoire au début, surtout chez un poney calme ou un cheval habitué à supporter une douleur chronique.
La chaleur d’un pied se compare avec les autres pieds, en posant la main sur la paroi et la couronne, zone de jonction entre le sabot et le membre. Le pouls digité est le battement d’une artère palpable à la base du boulet ou derrière le paturon. Un pouls plus marqué et bondissant que d’habitude, associé à une douleur ou à une chaleur, doit vous alerter.
Ne pincez pas la sole avec des pinces de maréchal et ne faites pas trotter le cheval pour tester sa locomotion. Ces gestes peuvent augmenter la douleur et ne remplacent pas l’examen vétérinaire. Notez l’heure de début, les pieds concernés, l’accès récent à l’herbe, les aliments distribués et la température rectale si vous savez la prendre sans vous mettre en danger.
- Posture campée, antérieurs avancés et poids reporté sur les postérieurs.
- Difficulté à marcher, à tourner ou à reculer.
- Pieds plus chauds que d’habitude, pouls digité fort ou inhabituel.
- Refus de bouger, transpiration, agitation ou cheval couché de façon inhabituelle.
Identifier les causes fréquentes
Une herbe de printemps ou d’automne très riche en sucres peut déclencher une fourbure chez un poney ou un cheval sensible, surtout après une mise à l’herbe rapide. Le risque augmente avec le surpoids, l’encolure épaissie, le chignon graisseux, les dépôts de graisse derrière les épaules ou à la base de la queue. La teneur de l’herbe varie selon la météo, l’heure, la saison, le sol et la repousse.
Une surcharge en céréales ou en aliment concentré, par exemple après l’accès accidentel à une mangeoire, peut aussi perturber le gros intestin et favoriser la fourbure. Une quantité distribuée doit être pesée en kilogrammes, car un gobelet ou une pelle ne donne pas une mesure fiable. Après une erreur alimentaire importante, appelez le vétérinaire immédiatement, même si le cheval ne boite pas encore.
Le syndrome métabolique équin associe souvent une dérégulation de l’insuline, un surpoids et un risque accru de fourbure. Le PPID, anciennement appelé maladie de Cushing, touche surtout les chevaux âgés, avec un risque qui augmente après 15 ans, sans exclure des animaux plus jeunes. Une infection générale, une maladie digestive, une rétention placentaire ou certains traitements peuvent également être impliqués et nécessitent un avis vétérinaire.
- Herbe riche ou changement de parcelle sans transition progressive.
- Accès libre à des céréales, granulés ou aliments concentrés.
- Surpoids, crête d’encolure marquée et antécédent de fourbure.
- Cheval âgé présentant une mue anormale, une fonte musculaire ou une soif accrue, signes compatibles avec un PPID mais non spécifiques.
Réagir avant l’arrivée du vétérinaire
Appelez le vétérinaire tout de suite et décrivez la posture, la locomotion, la chaleur des pieds, le pouls digité, la température si elle est disponible et les changements alimentaires récents. Retirez l’accès à l’herbe et aux aliments concentrés. Laissez de l’eau propre à disposition et installez le cheval sur une litière épaisse, souple et non glissante, dans un espace où il peut atteindre facilement l’abreuvoir.
Évitez de faire marcher le cheval jusqu’au box, au pré ou dans un van si le déplacement n’est pas indispensable. Si le cheval se trouve au pré, rapprochez l’abri ou demandez conseil avant de le déplacer. Ne donnez aucun médicament de votre propre initiative et ne posez pas de glace ou de dispositif de refroidissement prolongé sans suivre les consignes du vétérinaire.
En 2026, une visite équine urgente coûte souvent environ 100 à 250 euros hors examens et déplacement, selon la région, l’horaire et la clinique. Des radiographies peuvent ajouter environ 150 à 400 euros, avec de fortes variations selon le nombre de clichés et le matériel utilisé. Demandez une estimation au vétérinaire, sans retarder l’appel pour des raisons de prix.
- Éloigner calmement le cheval de l’herbe et des concentrés.
- Limiter les déplacements et éviter le travail, la longe et les tests de trot.
- Préparer l’historique alimentaire, l’heure des signes et les coordonnées du propriétaire.
- Garder le cheval au calme sur une litière profonde, souple et non glissante.
Prévenir une nouvelle crise
La prévention commence par une ration mesurée et des transitions lentes. Pour un cheval adulte de 500 kilogrammes, une ration de fourrage située autour de 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche correspond à environ 7,5 à 10 kilogrammes de matière sèche par jour. Avec un foin contenant environ 85 % de matière sèche, cela représente approximativement 9 à 12 kilogrammes pesés avant distribution. Le chiffre doit être adapté à l’état corporel, au travail, au fourrage et à l’avis du vétérinaire ou du nutritionniste équin.
Ne réduisez jamais brutalement le fourrage et ne laissez pas un cheval prédisposé sans alimentation pendant de longues périodes. Une mise à l’herbe se construit souvent sur deux à trois semaines, en augmentant progressivement la durée et en surveillant l’état corporel. Un panier de pâturage peut réduire l’ingestion chez certains chevaux, à condition de vérifier quotidiennement son ajustement, les frottements, l’abreuvement et le comportement.
Pesez les aliments concentrés, limitez les apports sucrés décidés sans indication et contrôlez le poids à l’aide d’un ruban barymétrique toutes les deux à quatre semaines. Le suivi des pieds par le maréchal-ferrant ou le pareur se fait généralement toutes les six à huit semaines, parfois plus souvent après une fourbure. Le vétérinaire peut rechercher un syndrome métabolique ou un PPID lorsque les signes le justifient.
- Mesurer le poids du foin et des concentrés avec une balance.
- Suivre l’état corporel toutes les deux à quatre semaines.
- Augmenter l’accès à l’herbe progressivement sur deux à trois semaines.
- Prévoir un contrôle des pieds environ toutes les six à huit semaines, selon la pousse et l’avis du professionnel.
- Faire examiner un cheval âgé ou récidivant pour rechercher une cause endocrinienne.
Suivre les pieds après la crise
Après une fourbure, surveillez chaque jour la locomotion, la posture, la chaleur des pieds et le pouls digité, sans faire marcher le cheval inutilement. Notez les changements dans un carnet avec la date, l’état de la litière, la ration, l’accès à l’herbe et les observations du vétérinaire. Une amélioration de la marche ne signifie pas que les tissus internes sont redevenus solides.
La repousse du sabot demande plusieurs mois et varie selon la gravité, la saison, la pousse de la corne et la position de la troisième phalange. Une ligne de croissance irrégulière, un anneau plus large en pince ou une paroi qui se déforme doivent être montrés au vétérinaire et au professionnel du pied. Les radiographies de contrôle sont décidées selon l’évolution clinique.
Un cheval douloureux ne doit pas être remonté parce qu’il marche mieux dans le box. La reprise du travail, la sortie, le choix d’un parage ou d’une ferrure et les protections de pied se décident avec les professionnels qui suivent le cas. Le repos, les sorties contrôlées et la vie sociale doivent être organisés de façon à limiter la douleur et les déplacements brusques.
- Observer les pieds et la démarche chaque jour pendant la phase aiguë.
- Photographier la paroi de profil à intervalles réguliers pour suivre la pousse.
- Respecter les rendez-vous vétérinaires et les échéances de parage ou de ferrure.
- Ne reprendre le travail qu’après accord du vétérinaire et du professionnel du pied.
Quand appeler le vétérinaire ?
- Tout de suitePosture campée sur l’arrière, boiterie, refus de marcher, pieds chauds ou pouls digité bondissant
- Tout de suiteAccès accidentel à une grande quantité de céréales, granulés ou aliment concentré
- Tout de suiteCheval couché qui ne se relève pas, transpiration importante ou douleur incontrôlable
- Dans la journéeDéformation progressive du sabot, ligne de croissance irrégulière ou boiterie persistante après une crise
- Sous quelques joursCheval âgé avec surpoids, fonte musculaire, mue anormale ou fourbures répétées sans cause claire
La nuit et le week-end, le répondeur de votre vétérinaire indique le service de garde. Notez la température, le pouls et l’heure des premiers signes : ces repères l’aident à juger l’urgence.
Questions fréquentes
Le pouls digité est-il toujours facile à sentir ?
Non. Il peut être difficile à trouver chez certains chevaux, selon l’épaisseur des tissus et la température du pied. Comparez les quatre membres dans les mêmes zones, derrière le paturon ou près du boulet. Un pouls plus fort que d’habitude, associé à une posture douloureuse, suffit pour appeler le vétérinaire, même si vous ne savez pas le compter.
Faut-il faire marcher un cheval qui semble fourbu ?
Non, ne le faites pas marcher pour vérifier sa boiterie et ne le mettez pas en longe. Chaque déplacement peut augmenter la douleur. Installez-le sur une litière épaisse et demandez au vétérinaire comment le déplacer si le box, le pré ou le van ne se trouve pas à proximité.
Un poney mince peut-il faire une fourbure ?
Oui. Le surpoids augmente le risque, surtout en cas de syndrome métabolique, mais il ne protège pas un poney mince. Une surcharge en céréales, une maladie générale, un PPID ou certaines situations post-partum peuvent aussi déclencher une fourbure. L’absence de graisse visible ne permet donc pas d’écarter cette urgence.
Combien de temps faut-il attendre avant de remonter ?
Il n’existe pas de durée identique pour tous les chevaux. La douleur peut diminuer avant la stabilisation des structures internes du pied, qui demande souvent plusieurs mois. La reprise dépend de l’examen, des radiographies éventuelles, de la pousse du sabot et de l’accord du vétérinaire et du professionnel du pied.
Testez-vous
3 questions. Choisissez une réponse pour lire l’explication.
Sources
- 1.IFCE Équipédia, Santé et bien-être du cheval equipedia.ifce.fr
- 2.AVEF, Association Vétérinaire Équine Française avef.fr
- 3.RESPE, Réseau d’épidémiosurveillance en pathologie équine respe.net
- 4.École nationale vétérinaire d’Alfort, informations vétérinaires équines vet-alfort.fr
Mis à jour le . Ces repères généraux ne remplacent pas l’avis du vétérinaire qui suit votre cheval. En cas de doute, appelez-le.
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- SoinsLe syndrome métabolique équin chez le poneyLe syndrome métabolique équin associe une accumulation de graisse, une réponse anormale à l’insuline et un risque accru de fourbure, surtout chez certains poneys et chevaux rustiques. La surveillance du poids, de l’encolure et de l’herbe aide à agir tôt, avec un vétérinaire pour confirmer le diagnostic et organiser la ration.
- SoinsLa maladie de Cushing (PPID) chez le chevalUn cheval âgé qui garde un poil long au printemps, perd du muscle ou présente une fourbure doit être examiné par un vétérinaire. La maladie de Cushing, appelée PPID, nécessite un diagnostic sanguin, un traitement prescrit et des soins adaptés pour préserver son confort.
- AlimentationNourrir un cheval à risque de fourbureUne ration pauvre en sucres et en amidon réduit l’exposition du cheval à risque, surtout lorsque le fourrage et l’herbe sont maîtrisés. La quantité se raisonne selon le poids, l’état corporel, le travail, l’âge et l’avis du vétérinaire, avec une surveillance attentive des pieds.
- AlimentationLa mise à l’herbe au printemps, étape par étapeAu printemps, l’herbe jeune est riche en sucres et peut déclencher fourbure ou troubles digestifs chez un cheval sensible. Une transition conduite sur deux à trois semaines, avec du foin, des sorties fractionnées et une surveillance quotidienne, permet d’adapter progressivement la ration à la pousse de la prairie.
