Nourrir une jument pleine et un poulain sans excès
Au dernier tiers de la gestation, la jument a besoin d’une ration plus concentrée en protéines, minéraux et énergie, tandis que le poulain construit rapidement ses os et ses muscles. Une alimentation progressive, fondée sur le fourrage et contrôlée par l’état corporel, limite les troubles digestifs et les croissances trop rapides.

Sommaire9 parties
Pas à pas
- 1Évaluer l’état corporel
Observez les côtes, l’encolure, le garrot et la base de la queue, puis pesez la jument ou relevez son tour de poitrine. Répétez ce contrôle toutes les 4 à 6 semaines.
- 2Peser le fourrage
Pesez la quantité quotidienne de foin et tenez compte de son humidité. Pour une jument de 600 kg, 9 à 12 kg de matière sèche correspondent souvent à 10,5 à 14 kg de foin distribué.
- 3Faire analyser le foin
Prélevez plusieurs poignées dans différentes bottes et mélangez l’échantillon avant l’envoi au laboratoire. L’analyse aide à ajuster énergie, protéines et minéraux.
- 4Choisir le complément
Sélectionnez un aliment d’élevage ou un complément minéral-vitaminé selon la ration complète. Vérifiez la quantité indiquée par le fabricant pour le poids et le stade physiologique.
- 5Fractionner les repas
Répartissez les concentrés en au moins trois prises lorsque la quantité augmente. Utilisez une balance et ne changez jamais brutalement de produit.
- 6Installer une mangeoire adaptée
Placez l’aliment du poulain dans un espace stable, propre et inaccessible à la jument. Contrôlez chaque jour que le poulain mange sans bousculade.
- 7Surveiller les signes d’alerte
Appelez le vétérinaire tout de suite en cas de coliques, jument couchée qui ne se relève pas, poulain très abattu, difficulté à téter, fièvre ou boiterie brutale. Une baisse d’appétit, une diarrhée persistante ou une perte d’état justifie un appel dans la journée.
Adapter la ration aux derniers mois
Pendant les huit premiers mois, une jument pleine peut souvent couvrir ses besoins avec un fourrage de bonne qualité et un apport minéral adapté. Les besoins augmentent nettement au dernier tiers, lorsque le fœtus prend la plus grande partie de son poids et que ses os se minéralisent. La ration doit alors apporter suffisamment d’énergie, de protéines, de calcium, de phosphore, de cuivre, de zinc et de sélénium, sans chercher à engraisser la jument.
Le fourrage constitue le socle de la ration. Pour une jument de 600 kg, une base de 1,5 à 2 % du poids vif en matière sèche correspond à environ 9 à 12 kg de matière sèche par jour, soit souvent 10,5 à 14 kg de foin tel que distribué, selon son taux d’humidité. En lactation, la consommation totale peut monter vers 2,5 à 3 % du poids vif en matière sèche, avec de fortes variations selon la jument, le lait produit, l’herbe et la qualité du foin.
- Peser la jument ou estimer son poids avec un ruban adapté toutes les 4 à 6 semaines.
- Distribuer le foin en plusieurs prises ou avec un filet à petites mailles si la jument mange trop vite.
- Faire analyser le foin lorsque la jument est difficile à maintenir en état ou lorsque plusieurs chevaux reçoivent la même ration.
- Viser un état corporel modéré, avec les côtes palpables sous une fine couverture de muscle et de graisse.
Soutenir la lactation sans suralimenter
Les premières semaines de lactation sont très exigeantes, car la jument produit du lait tout en récupérant de la mise bas. Elle doit disposer d’eau propre en permanence, d’un fourrage appétent et d’une ration complémentaire si le fourrage ne couvre plus ses besoins. Un aliment dit « élevage » est formulé pour la jument reproductrice, mais sa composition et sa densité nutritionnelle varient selon les marques.
Fractionnez les aliments concentrés en au moins trois repas lorsque les quantités deviennent importantes. À titre de repère, une prise unique ne devrait généralement pas dépasser environ 0,4 kg d’aliment concentré pour 100 kg de poids vif, soit 2,4 kg pour une jument de 600 kg. Cette limite reste indicative : l’étiquette, la qualité du fourrage, l’état corporel et l’avis du vétérinaire ou du nutritionniste priment.
- Augmenter la ration concentrée par paliers de 100 à 200 g, espacés de plusieurs jours.
- Contrôler les crottins, l’appétit, la consommation d’eau et l’état des mamelles chaque jour.
- Réduire l’apport énergétique si la jument prend de la graisse sur l’encolure, le garrot ou la base de la queue.
- Conserver une source de fibres longue, comme le foin, même lorsque l’herbe est abondante.
Accompagner la croissance du poulain
Le poulain tète fréquemment au début, puis explore progressivement le foin, l’herbe et l’aliment de sa mère. Son squelette et ses articulations sont sensibles aux déséquilibres entre énergie, protéines et minéraux. Une croissance trop rapide, surtout avec un aliment très énergétique, augmente le risque de troubles du développement ostéo-articulaire. L’objectif est une prise de poids régulière, adaptée à son type, à son âge et à son potentiel génétique.
Un aliment pour poulain, parfois appelé aliment « creep-feed », doit être accessible dans une mangeoire que seule la jeune génération peut atteindre. Commencez par une très petite quantité, par exemple 100 à 200 g par jour vers 2 ou 3 mois lorsque le poulain montre de l’intérêt, puis augmentez lentement selon son poids, son fourrage et la notice du fabricant. À l’approche du sevrage, la quantité peut atteindre quelques centaines de grammes à environ 1 % du poids vif par jour chez certains poulains, toujours répartie en plusieurs repas et validée selon le produit.
- Observer le poulain de profil chaque semaine, au même endroit et si possible sur des photos comparables.
- Vérifier que les deux antérieurs et les deux postérieurs restent droits dans les déplacements.
- Installer une mangeoire stable, sans arête coupante et sans accès direct pour la jument.
- Peser l’aliment avec une balance, car un seau identique peut contenir des masses très différentes selon sa densité.
Éviter les excès d’énergie et de minéraux
Donner davantage d’aliment ne corrige pas une ration mal équilibrée. Une jument trop grasse peut rencontrer davantage de difficultés autour du poulinage et présenter un risque métabolique accru, tandis qu’une jument trop maigre manque de réserves pour la lactation. Chez le poulain, l’excès d’énergie est particulièrement indésirable lorsque le fourrage est déjà riche ou que plusieurs personnes ajoutent des compléments.
Les minéraux et vitamines doivent être apportés en fonction de la ration complète. Un complément minéral-vitaminé n’est pas automatiquement nécessaire en plus d’un aliment d’élevage déjà dosé, et le cuivre, le zinc, le sélénium ou la vitamine A peuvent devenir excessifs. Ne cumulez pas plusieurs seaux, bouchons ou compléments sans calcul de la ration. Pour une jument avec syndrome métabolique, antécédent de fourbure ou embonpoint marqué, demandez un avis vétérinaire avant toute ration riche en sucres.
- Lire la composition et la quantité journalière recommandée sur chaque sac.
- Comparer les apports en sucre et amidon lorsque la jument grossit facilement ou a déjà fait une fourbure.
- Ne pas ajouter de céréales à un aliment complet sans recalculer l’équilibre de la ration.
- Surveiller la ligne du dos, les côtes, l’encolure et la base de la queue plutôt que le seul ventre rond.
Organiser les repas et l’eau
Distribuez le foin avant les concentrés ou en même temps afin de soutenir la mastication et de ralentir l’ingestion. Les repas doivent rester réguliers, avec des horaires proches d’un jour à l’autre. Un changement de foin, d’herbe ou d’aliment se fait sur 7 à 14 jours, en remplaçant progressivement une partie de l’ancien produit par le nouveau.
Une jument allaitante peut boire plusieurs dizaines de litres d’eau par jour, davantage par temps chaud ou lorsque le lait est abondant. L’abreuvoir doit être propre, accessible au poulain sans risque de chute et contrôlé au moins matin et soir. La pierre à sel peut compléter la ration, mais elle ne remplace ni l’eau ni un apport minéral calculé.
- Peser la ration à chaque repas pendant la phase de réglage.
- Retirer les refus moisis, poussiéreux ou souillés avant de remettre du foin.
- Rincer régulièrement l’abreuvoir et vérifier son débit après une période de gel.
- Séparer la jument et le poulain des autres chevaux au moment du repas si la hiérarchie les empêche de manger.
Prévoir le budget et les obligations
En France, pour des achats au détail constatés en 2026, comptez souvent environ 0,20 à 0,45 euro par kilogramme de foin selon la région, le conditionnement, la qualité et le transport. Les aliments d’élevage se situent fréquemment autour de 0,50 à 1,50 euro par kilogramme, tandis qu’un complément minéral-vitaminé peut représenter environ 0,50 à 3 euros par jour selon le produit et la quantité distribuée. Ces fourchettes varient fortement entre achat en vrac, sac, pension et livraison.
L’alimentation ne dispense pas des obligations d’identification. En France, le poulain doit être identifié et disposer de documents d’identification enregistrés auprès du SIRE, selon les délais réglementaires applicables, avant les situations qui imposent sa traçabilité et au plus tard dans le délai prévu après la naissance. La FFE encadre les activités et compétitions équestres, mais ne fixe pas une ration universelle : le propriétaire reste responsable d’une alimentation adaptée, avec l’appui du vétérinaire et des données de l’IFCE.
- Demander à la pension qui achète le foin, quel est son prix au kilogramme et si le transport est inclus.
- Prévoir une analyse du foin, souvent facturée environ 60 à 150 euros en 2026 selon le laboratoire et le nombre de paramètres.
- Conserver les étiquettes des aliments et noter les quantités réellement distribuées.
- Vérifier les démarches d’identification auprès du SIRE et de l’IFCE lors de la naissance ou de l’achat du poulain.
Questions fréquentes
Combien de foin donner à une jument pleine de 600 kg ?
Comme point de départ, comptez environ 9 à 12 kg de matière sèche par jour au dernier tiers, soit souvent 10,5 à 14 kg de foin tel que distribué. La quantité dépend du taux d’humidité, de l’analyse du foin, de l’herbe disponible et de l’état corporel. Pesez la jument et ajustez avec un professionnel.
Faut-il donner des céréales à une jument qui allaite ?
Les céréales ne sont pas obligatoires. Si le foin et l’herbe ne couvrent plus les besoins, un aliment d’élevage équilibré permet généralement de mieux contrôler l’amidon, les protéines et les minéraux. Faites calculer la ration avant d’ajouter de l’avoine, de l’orge ou du maïs, surtout chez une jument ronde ou sujette à la fourbure.
Quand commencer l’aliment du poulain ?
Le poulain peut commencer à goûter un aliment adapté vers 2 ou 3 mois, lorsqu’il s’intéresse à la mangeoire de sa mère. Commencez par 100 à 200 g par jour, augmentez lentement et répartissez les quantités. Le foin, l’herbe et le lait restent déterminants, et la ration doit suivre la croissance plutôt que rechercher un poulain très rond.
Comment savoir si le poulain reçoit trop d’aliment ?
Une prise de poids rapide, un encolure très grasse, des articulations chaudes ou gonflées, une démarche raide et des aplombs qui se modifient doivent alerter. Retirez les ajouts non calculés et appelez le vétérinaire dans la journée pour un poulain présentant ces signes. Une surveillance régulière des photos, du poids et des aplombs aide à repérer une évolution précoce.
Testez-vous
3 questions. Choisissez une réponse pour lire l’explication.
Sources
- 1.IFCE Équipédia, Alimentation et rationnement du cheval equipedia.ifce.fr
- 2.IFCE, SIRE et identification des équidés ifce.fr
- 3.AVEF, Association vétérinaire équine française avef.fr
- 4.RESPE, Réseau d’épidémiosurveillance en pathologie équine respe.net
Mis à jour le . Ces repères généraux ne remplacent pas l’avis du vétérinaire qui suit votre cheval. En cas de doute, appelez-le.
À lire aussi
- AlimentationLe foin, base de la ration du chevalLe foin apporte la majorité des fibres dont le cheval a besoin pour faire fonctionner son appareil digestif et occuper ses journées. Qualité, quantité, coupe, poussière et conservation changent directement sa santé, son état corporel et le budget annuel d’un propriétaire.
- AlimentationCalculer une ration en UFC et MADCLe calcul d’une ration permet de comparer l’énergie et les protéines réellement apportées par le foin, l’herbe et les aliments concentrés. Vous apprendrez à utiliser les unités du système français INRAE, à estimer les besoins d’entretien et de travail, puis à vérifier un exemple chiffré sans remplacer l’avis d’un vétérinaire ou d’un nutritionniste équin.
- AlimentationLes minéraux et vitamines (CMV) dans la ration du chevalUn complément minéral et vitaminé, ou CMV, corrige les apports d’une ration composée surtout de fourrage, sans remplacer le foin ni l’eau. Calcium, phosphore, cuivre, zinc, sélénium et vitamines doivent être évalués ensemble, selon l’âge, le travail, la qualité du fourrage et l’état de santé du cheval.
- SoinsLa jument pleine : gestation et poulinageLa gestation d’une jument dure généralement autour de 11 mois, avec une durée souvent comprise entre 330 et 345 jours. Suivi vétérinaire, alimentation adaptée, surveillance des signes de poulinage et préparation d’un box propre réduisent les risques pour la jument et le poulain.
